François Rabelais
1483-1553

François Rabelais — également connu sous le pseudonyme d'Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais, ou bien encore sous celui de Séraphin Calobarsy — est un écrivain français humaniste de la Renaissance, né en 1483 et mort à Paris le 9 avril 1553.
Ecclésiastique et anticlérical, chrétien et considéré par certains comme libre penseur, médecin et ayant l'image d'un bon vivant, les multiples facettes de sa personnalité semblent parfois contradictoires.
Rabelais lutte en faveur de la tolérance, de la paix, d'une foi évangélique et du retour au savoir de l'Antiquité gréco-romaine, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge, reprenant les thèses de Platon pour contrer les dérives de l'aristotélisme. Il s'en prend aux abus des princes et des hommes d'Église, et leur oppose d'une part la pensée humaniste évangélique, d'autre part la culture populaire, paillarde, « rigolarde », marquée par le goût du vin et des jeux — manifestant ainsi une foi chrétienne humble et ouverte, loin de toute pesanteur ecclésiastique. Son réquisitoire à l'encontre des théologiens de la Sorbonne et ses expressions crues, parfois obscènes, lui attirent les foudres de la censure des autorités religieuses.
Pantagruel
L'ouvrage de Rabelais se compose de cinq livres. Le premier a pour titre Gargantua, et les quatre autres Pantagruel. Le titre complet du premier, publié en 1532, est : « Pantagruel. Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dipsodes, fils du grand géant Gargantua ».
Ce jeune homme, élevé tout autrement que ses contemporains, est un prince juste, bienfaisant, humain surtout. Il voyage, parcourt le monde et rencontre partout des abus, des iniquités, des superstitions grossières ou ridicules. Il trouve sur son chemin des juges de toute classe : les uns grotesques, comme Bridoye, qui fait apporter les sacs contenant les dossiers, les soupèse, puis tire au sort des dés l'arrêt qu'il doit rendre ; les autres rapaces et sanguinaires, comme Grippeminaud, l'archiduc des chats fourrés, et ses acolytes. Pantagruel a pour ami Panurge, un fieffé voleur vivant de la vente des indulgences et du mariage des vieilles femmes.
Le livre est une farce énorme où Rabelais lutte avec humour contre un certain obscurantisme du Moyen Âge.
Lettre de Gargantua à son fils Pantagruel
« J'entends et je veux que tu apprennes parfaitement les langues : premièrement le grec, comme le vieux Quintilien ; deuxièmement le latin ; puis l'hébreu pour les saintes Lettres, le chaldéen et l'arabe pour la même raison ; et que tu formes ton style sur celui de Platon pour le grec, sur celui de Cicéron pour le latin. Qu'il n'y ait pas d'étude scientifique que tu ne gardes en ta mémoire, et pour cela tu t'aideras de l'universelle encyclopédie des auteurs qui s'en sont occupés.
Des arts libéraux — géométrie, arithmétique et musique — je t'en ai donné le goût quand tu étais encore jeune, à cinq ou six ans ; achève le cycle. En astronomie, apprends toutes les règles, mais laisse-moi l'astrologie et l'art de Lulle, comme autant de supercheries et de futilités. Du droit civil, je veux que tu saches par cœur les beaux textes, et que tu me les mettes en parallèle avec la philosophie.
Et quant à la connaissance de l'histoire naturelle, je veux que tu t'y adonnes avec zèle : qu'il n'y ait mer, rivière, ni source dont tu ignores les poissons ; tous les oiseaux du ciel, tous les arbres, arbustes et buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tous les pays de l'Orient et du Midi, que rien ne te soit inconnu.
Puis relis soigneusement les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les talmudistes et les cabalistes ; et, par de fréquentes dissections, acquiers une connaissance parfaite de cet autre monde qu'est l'homme. Et pendant quelques heures, va voir les saintes Lettres : d'abord, en grec, le Nouveau Testament et les Épîtres des apôtres, puis, en hébreu, l'Ancien Testament.
En somme, que je voie en toi un abîme de science, car, maintenant que tu deviens homme et te fais grand, il te faudra quitter la tranquillité et le repos de l'étude pour apprendre la chevalerie et les armes, afin de défendre ma maison et de secourir nos amis dans toutes leurs difficultés causées par les assauts des malfaiteurs.
Et je veux que, bientôt, tu mettes à l'épreuve tes progrès ; cela, tu ne pourras pas mieux le faire qu'en soutenant des discussions publiques, sur tous les sujets, envers et contre tous, et qu'en fréquentant les gens lettrés qui sont tant à Paris qu'ailleurs.
Mais — parce que, selon le sage Salomon, Sagesse n'entre pas en âme malveillante et que science sans conscience n'est que ruine de l'âme — tu dois servir, aimer et craindre Dieu, et mettre en Lui toutes tes pensées et tout ton espoir ; et, par une foi nourrie de charité, tu dois être uni à Lui, en sorte que tu n'en sois jamais séparé par le péché. Méfie-toi des abus du monde ; ne prends pas à cœur les futilités, car cette vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable pour tous tes proches, et aime-les comme toi-même. Révère tes précepteurs, fuis la compagnie des gens à qui tu ne veux pas ressembler, et ne reçois pas en vain les grâces que Dieu t'a données. Et, quand tu t'apercevras que tu as acquis au loin tout le savoir humain, reviens vers moi, afin que je te voie et que je te donne ma bénédiction avant de mourir.
Mon fils, que la paix et la grâce de Notre-Seigneur soient avec toi. Amen.
D'Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars,
Ton père, Gargantua
- Faites la liste des disciplines que Gargantua demande à son fils d'étudier. Qu'ont-elles en commun ?
- Quelles connaissances sont explicitement rejetées, et pourquoi ?
- « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » : que veut dire cette formule ? Est-elle encore d'actualité ?
- En quoi ce programme est-il l'exact opposé de l'éducation médiévale décrite dans la fiche de cours ?